Passer au contenu principal

Alice in Wonderland en français : étude comparative de trois traductions du livre de Lewis Carroll

On risque d’être surpris en découvrant qu’un des livres les plus traduits du monde est réputé intraduisible; qu’un des livres pour enfants les plus emblématiques n’est pas tout à fait un livre jeunesse; que l’auteur d’une aventure livresque parmi les plus insolites était connu pour sa personnalité traditionnelle, conservatrice, voire austère, et que sa figure est aussi controversée qu’entourée de mystère; qu’un narratif plutôt opaque s’est gagné un tel attachement de la part du public.

Alice in Wonderland est un effectivement livre tissu de contradictions, à l’instar de son auteur. Pour les traducteurs d’aujourd’hui et d’antan, il a toujours incarné un défi particulier, ce qui explique en partie le désir jamais assouvi de s’y essayer encore et encore, que ce soit sous la forme d’une traduction au sens propre ou de diverses adaptations ciblant des publics et des objectifs éditoriaux variés.

Illustration  de John Tenniel accompagnant l’édition originale (1864) et la traduction d’Henri Bué (1869) chez l’éditeur Macmillan and Co.

Une des principales singularités du livre, et ce qui le rend si défiant pour les traducteurs, consiste dans le rapport particulier qu’il entretient avec la langue et la culture. Profondément ancré dans son contexte socioculturel victorien (par les composantes satiriques qui s’attaquent à des réalités d’époque), lié d’un lien 

organique à la langue (par les nombreux jeux de mots) et à la culture (par son exploitation de formes littéraires traditionnelles sur le mode de la parodie) anglaises, il revêt néanmoins un caractère universel, et ce grâce à une catégorie esthétique particulière : le nonsense. Le nonsense s’avère un véritable langage supranational qui, telle une œuvre musicale, enjambe facilement les frontières et interpelle l’imagination des lecteurs.

Lire la suite en téléchargeant le fichier PDF que voici.

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Dope Lemon à Montréal

Il y a environ 10 ans, je suis tombé sur une suggestion de YouTube qui m’avait impressionné profondément, s’insinuant subtilement dans mon imaginaire. C’était la vidéo de Honey Bones , une vision onirique, aussi béate qu’inquiétante, où l’on voit plusieurs jeunes femmes danser devant le regard alangui de la caméra, en contrehaut, dans une sorte de rituel incantatoire, comme si nous, le spectateur, étions couchés par terre, au détour d’une hallucination qui déteint sur la réalité. La chanson elle-même, mélopée sensuelle épousant la voix nasillarde et mélancolique d’Angus Stone, se déroulait comme un serpent dansant sur fond d’accords décontractés. Un monde qui retient son haleine, monotone, sans vague, mais où perle une pointe de malice. C’était d’une simplicité puissante, bien articulée, et même si la vidéo comme la chanson n’avaient rien de particulièrement original, ils laissaient une trace durable dans l’esprit. Je revenais souvent vers cette vidéo, ne résistant pas à l’envie de...

Bar Italia - The Twits (LP) et The Tw*its (EP)

Des structures instrumentales proches du rock alternatif des années 1980 et 1990. Côté instruments, la musique de Bar Italia renvoie à des groupes comme Sonic Youth, Duster, Blonde Redhead et Slint. Une voix féminine mi-plaintive, mi-moqueuse, tantôt susurrante, tantôt mélodieuse, oscillant entre Kim Gordon et Karen O ponctue les compositions. Faussant souvent, étalant une insécurité assumée, voire recherchée, elle brave les attentes de l’auditeur, irrévérencieuse et naturelle tout à la fois. Deux voix masculines juvéniles, passées par un filtre grésillant lui répliquent systématiquement. Des parties vocales qui se succèdent selon une logique monologique tels des récitatifs de hip-hop, le plus souvent, en faisant fi de la structure chansonnière classique du type verset-refrain. Dans l’ensemble des morceaux, la voix tient d’une couche additionnelle, superposée à la trame instrumentale, comme dans un karaoké. On a l’impression que la ligne vocale a été écrite indépendamment, que la mélod...

Marie-Hélène Poitras, Galumpf

Ce recueil de nouvelles, je l’ai découvert en consultant la liste des récipiendaires de prix littéraires au Québec des dernières années, sur le site de la BAnQ. Galumpf a reçu le Prix du Gouverneur général en 2023. Pendant que je lisais, le livre se révélait à moi par couches successives, surprenantes et variées. Tel un oignon qu’on était en train de peler, le recueil nous réserve aussi des moments poignants, où les larmes sont près de sourdre. Le bal est ouvert par deux nouvelles sur la jeunesse : l’une suivant les pas de deux jeunes amants, l’autre talonnant une Fifi Brindacier montréalaise qui promène un chien énorme, lequel finit par s’évader. Dans cette deuxième nouvelle, l’action se situe à Rosemont, et on y flaire les odeurs, les ambiances et les textures caractéristiques de la ville. Des textures d’été qui tire à sa fin : mélancolique, suave et piqué d’un début d’inquiétude. Ces premiers récits promettent un voyage à la fois doux et angoissant, une sensation qui persistera jusq...