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Leonard Cohen, Jeux de dames

Janvier 2018
Le premier livre d'un musicien que j'apprécie de longue date. En fait, j'avais découvert Cohen grâce à Nick Cave dont j'étais un dévôt dans ma prime jeunesse. Je connaissais son nom aussi grâce à Pennyroyal Tea de Nirvana. Plus tard j'ai appris que ce n'était pas le chanteur rock type, mais bien un professeur d'université, un poète reconnu, un des plus grands du Canada. À vrai dire, sa musique n'est pas très rock, elle n'a de rock qu'une certaine fibre qui la traverse, une attitude qui la sous-tend. Ce premier roman du grand Montréalais confirme cette parenté conceptuelle avec le rock. Son héros, le jeune Juif de Westmount du nom de Lawrence Breavman, est une sorte de beatnik, rétif à tout ordre immuable, à toute idée antipoétique de l'univers. Un être romantique qui carbure à l'amour et à la recherche d'une transcendence spirituelle. Le fond du roman est attendrissant, émouvant, très beau. Quant à la forme, j'ai été bien moins ravi. Il faut préciser que j'ai lu le roman en français, et notamment la traduction de Michel Doury (éditions Christian Bourgeois, 2002). Le style m'a paru assez décousu et lourd, on a du mal à suivre une réflexion ou une ligne poétique, ce qui, chez un poète au lyrisme aussi gracieux que celui de Cohén, est plutôt surprenant. Je suppose donc que la traduction n'est pas à la hauteur de l'original (mais ce n'est qu'une hypothèse). La lecture demandait un effort de concentration constant, ce qui plombait la spontanéité de la lecture et gâchait un peu l'expérience. Qu'à cela ne tienne, j'ai ressenti une réelle brèche (crack of light) en moi, et un rayon s'est engouffré dans les dédales caverneux de mon coeur blasé. Et j'ai adoré ce roman que je relirais un jour.
J'ai profité de cette lecture pour visiter la maison natale du poète, non celle où il a vécu plus tard, au Petit-Portugal, et qui est devenue une curiosité touristique, mais celle où il a vu la lumière du soleil pour la première fois, avenue Belmont. L'endroit respire la mélancolie et la gravité, et il est comme figé dans le temps. C'est très cohenesque.

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