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David Foenkinos - Je vais mieux

Automne 2021
Un bouquin que j’ai trouvé dans une boîte en carton laissée sur un trottoir à Verdun. La boîte contenait aussi, entre autres, Le matou d’Yves Beauchemin, Les Fleurs du Mal, Le liseur de Bernhard Schlink et autres. Grand merci à la propriétaire de la boîte d’en avoir fait cadeau à ses concitoyens!
Un petit roman que je ne savais pas comment aborder. Était-ce un roman commercial, à l’eau de rose, humoristique ou au plutôt existentiel? Après l’avoir fini, je dirais qu’il a un peu de tout cela.

Il entre en matière à la façon d’un article de magazine, en évoquant une situation quotidienne, de vie pratique : le héros a mal au dos, il va voir des médecins. Une crise sanitaire en miniature. Au fil de ses visites médicales et paramédicales, il se rend compte que son mal a une origine existentielle, que s’est sa vie qui a eu mal avant son corps, que la douleur corporelle n’est que la séquelle d’un dévoiement plus général. Jusqu’ici, rien de bien nouveau sur le plan du sujet et de l’intrigue. C’est une trajectoire désormais classique : celle de l’être en quête de soi-même, en quête du bonheur absolu, de la terre promise où tout reviendrait à sa juste place, un eldorado psychique qui devrait exister quelque part. La complexité se résume à le trouver, ce pays de cocagne. Résonne ici tout ce qu’on sait sur la médecine holistique, les aspirations new age et les comédies romantiques hollywoodiennes.

Ce qui est plus inattendu, c’est la façon dont c’est raconté. Le phrasé est, à première vue, sans prétention, le registre rejoint la parole de tous les jours, on entend presque le grain de voix de celui qui parle. De nombreux traits d’esprit, de petits clins d’œil qui remettent en question l’écriture et la langue (influence postmoderniste), souvent sous forme de notes de bas de page. Sauf que, à la différence des digressions postmodernistes, celles de Foenkinos n’ont pas de sens profond à déceler, pas de dimension intertextuelle ou métatextuelle; elles s'apparentent davantage à des mots d’esprits comme ceux qu’on aime placer dans nos gazouillis et autres moyens d’autopromotion.

Le texte offre aussi des illuminations qui font mouche, des passages originaux, comme, par exemple, l’image de l’architecte d’hôtels minables, ou bien la finesse psychologique dans les rapports entre le personnage et son rival passé à tabac au bureau. Une certaine ambiguïté qui confère au texte une dimension d’inattendu, une complexité qui ouvre d’autres portes, qui esquisse des mouvements riches en possibilités. L’incarnation de certains stéréotypes peuplant l’imaginaire français à l’endroit d’autrui (comme, par exemple, la description des Américains ou du Grec qui possède l’hôtel Les pyramides, l’évocation goguenarde ironique du cinéma albanais ou l’idée de faire de l’hôtel une sorte de jardin zoologique des nations, où chacun se verrait assigner une chambre correspondant à sa nationalité, où il lui serait donc impossible de se dépayser, d’échapper à son identité préétablie, ce qui est pourtant une composante essentielle de tout voyage) est aussitôt fragilisée, sans que les stéréotypes soient déboulonnés jusqu’au bout.

Le texte est bien conscient de son appartenance sociale. C’est un roman qui semble s'adresser à une classe moyenne. Il met en scène un univers habité par des professionnels avérés : architectes, décorateurs, médecins, etc. Le précariat n’y fait aucune apparition. L’amour de la vie du héros, la femme qu’il rencontre dans la salle d’attente du cabinet de la magnétiseuse, est, détail significatif, une décoratrice – un métier qui est non seulement proche de celui du protagoniste (architecte), mais qui dénote aussi la même appartenance de classe.

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